Du pouvoir des objets aux objets de pouvoir

Il y a plusieurs années, mon fils est parti vivre au Japon, et à travers lui, j’ai découvert un pays, une culture, une façon d’être au monde. Cette rencontre a bouleversé mon regard sur les objets, sur leur essence et leur place dans nos vies.

Le Japon est une terre indomptée, où la nature sauvage, dans sa beauté brute, peut tout reprendre en un instant, ne laissant derrière elle que le vide. Face à cette précarité, imprégné de l’esprit du bouddhisme zen, ce peuple a appris à embrasser l’éphémère avec une grâce silencieuse, une résilience forgée dans l’acceptation.

Devant l’adversité, une seule phrase résonne comme un murmure apaisant :

Shoganai : c’est la vie

Dans cette nature capricieuse aussi imprévisible que majestueuse, la vie et les objets revêtent une importance singulière. Vivre ici, c’est accepter l’impermanence comme une danse, où chaque instant peut s’effacer en un souffle. Cette fragilité n’inspire ni crainte ni résignation, mais un amour plus profond pour l’éphémère. On chérit la vie parce qu’on sait qu’elle peut nous échapper à tout moment, et l’on apprend aussi à s’en détacher, car s’y accrocher avec angoisse serait une souffrance insoutenable.

De cette urgence perpétuelle naît un lien intime avec les objets. Plus ils sont fragiles, plus ils deviennent précieux. On ne les possède pas seulement pour leur utilité, mais pour ce qu’ils sont, pour ce qu’ils incarnent : une beauté simple, une présence silencieuse, une émotion.

Quand la catastrophe frappe, il n’est possible d’emporter que l’essentiel. Alors, on choisit peu, mais on choisit bien. On s’entoure d’objets rares, d’une qualité si parfaite qu’ils deviennent une source d’émotion et de plaisir, tant par leur usage que par leur simple contemplation.

C’est dans cet esprit qu’est né le petit Ü, un sac bijou à la fois utile et empreint de cette philosophie.

Les artisans japonais, gardiens d’un savoir-faire ancestral, sont élevés au rang de trésors nationaux. Leur œuvre n’est pas jugée à l’aune d’un caprice, mais au prisme du temps, du soin, et de la maîtrise qu’ils consacrent à la réalisation de leur Art. Leur art a un prix, non pas pour son exclusivité, pour ses matériaux, mais pour l’âme qu’il renferme.

Dans notre société, l’abondance a engendré l’oubli. Nous consommons sans âme, entassant des objets sans éclat, jetant sans regret. Le « toujours plus » a éclipsé l’essence des choses, nous privant du plaisir de les contempler, de les aimer sans s’y attacher.

À force d’accumuler, nous avons cessé de voir. Nous sommes devenus des ogres insatiables, dévorant sans savourer, aveugles à la beauté qui nous entoure. Quand on acquière un bel objet, réalisé avec passion, qu’on a attendu patiemment le temps de pouvoir se l’offrir, c’est un cadeau précieux que l’on se fait à soi. l’utiliser relève alors du rituel, en prendre soin un devoir.

Et ainsi, le Japon fait sien cet adage intemporel : « Peu, mais le meilleur de tout. »